samedi 12 mars 2011



PORTE TOUTE VERTE


Du tiroir entrebaillé de la commode, pend une insomnie, le dos raide, un bras sous la nuque, des files de moutons en transhumance serinant un décompte additionnel. Sans que la marche s'arrête. Le ciel a des lumières alternatives, les heures le nez à la portière, traversent des tunnels de cumulus, passent dans des stations fermées d'étoiles, en rase campagne, le long d'une flêche de cathédrale, sans ralentir aux passages à niveau des écluses. Sur le lé du canal, courbant l'échine pour haler plus loin un chat lent passe. Tressant les osiers d'une robe pour le panier de la ménagère, sous l'oeil distrait d'un carré de pommes de terre, à l'abri des poireaux encore tapis dans la motte, pas pressés de lever. Les ajoncs emplumés aux roseaux abritent le mouvement de la roue à aube pendant que le soleil se repose. Un bruit léger suit la chute de l'insomnie, le réveil n'a pas eu besoin de sonner, pour faire grincer les lames du parquet, là où la grosse veine du pichpin rougit d'un brun de bois chaud pour le plaisir des pieds nus. Au coin de la descente le lit ne retient plus ses baillements, enfin il va pouvoir se rendormir tranquille. Les savates s'écartent d'un haussement d'épaules, qui en dit long. En bas de l'escalier, sur le porte-manteau le chien bat de la queue, impatient de passer la laisse à l'ennui en filant dans l'air frais du Nord, que son flair trouve toujours ouvert.Le chemin d'évasion est attelé aux chevaux, qui par leur naseaux font signe que la vapeur est à pression. On peut partir, les arbres sont passés au vert.


Loisobleu Loisovole

12 Mars 2011

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